« 2 février 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 53-54], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8656, page consultée le 13 août 2026.
Bruxelles, 2 février 1852, lundi après-midi, 3 h.
Que l’arrivée de ton fils soit bénie, mon adoré, puisqu’elle te rend une partie de toi-même Et qu’elle te fera supporter l’exil avec moins de tristesse. Mon premier mouvement en lisant la lettre de ce cher enfant a été de la joie en pensant à toi ; le second du regret en songeant à nos douces soirées et à nos charmantes nuits finies pour bien longtemps, peut-être pour toujours. Oh ! non je ne veux pas accepter cet avenir-là, mon pauvre adoré, j’ai besoin au contraire d’espérer que quelque heureux incident nous rapprochera plus près encore l’un de l’autre sans te coûter ni un regret ni un remordsa. En attendant j’ai bon courage et pleine confiance, l’arrivée de ton Charles, loin de nous nuire dans notre amour, ne peut que nous porter bonheur. C’est une douce superstition que j’ai toujours eueb car c’est pour la date de sa mise en liberté que je me suis confiée à toi sans aucune arrière mauvaise pensée. Pauvre père, tu vas être bien heureux demain malgré le souvenir de tes pauvres chers absents. Il semble que tu les reverras tous à la fois dans la personne de ce beau et bon jeune homme car ils se ressemblent tous et puis il sera tout imprégné de leurs sentiments, de leur tendresse, de leurs âmes. Oh, mon pauvre bien-aimé, je voudrais que ce fût ce soir tant j’ai besoin de ton bonheur pour être heureuse moi-même. Hélas quel regret que nous n’ayons pas pu l’introduire ici. Mais il n’y faut pas songer. Je me résigne du mieux que je peux avec l’espoir que le bon Dieu me rendra bientôt cette occasion perdue. D’ici là mon pauvre bien-aimé, il m’arrivera plus d’une fois de murmurer contre la légèreté compromettante de ces excellentes femmes qui seraient parfaites si elles n’étaient pas extravagantes. Mon Victor, puisque nous passerons encore une bonne soirée ensemble, je veux l’employerc tout entière à te sourire et à t’aimer comme si elle ne devait jamais finir.
Juliette
a « remord ».
b « eu ».
c « emploier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
